4ème dimanche de l’Avent
21 décembre 2008
Temple
Psaume 89 ;
Romains 16, 25-27
2 Samuel 7:1-4, 8-16 :
1 Or, lorsque le roi fut installé dans sa maison, et que le Seigneur lui eut accordé le repos alentour face à tous ses ennemis,
2 le roi dit au prophète Nathan: “Tu vois, je suis installé dans une maison de cèdre, tandis que l’arche de Dieu est installée au milieu d’une tente de toile.”
3 Nathan dit au roi: “Tout ce que tu as l’intention de faire, va le faire, car le Seigneur est avec toi.”
4 Or, cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan en ces termes:
[...]
8 Maintenant donc, tu parleras ainsi à mon serviteur David: Ainsi parle le Seigneur le tout-puissant: C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu deviennes le chef d’Israël, mon peuple.
9 J’ai été avec toi partout où tu es allé: j’ai abattu tous tes ennemis devant toi. Je t’ai fait un nom aussi grand que le nom des grands de la terre.
10 Je fixerai un lieu à Israël, mon peuple, je l’implanterai et il demeurera à sa place. Il ne tremblera plus, et des criminels ne recommenceront plus à l’opprimer comme jadis
11 et comme depuis le jour où j’ai établi des juges sur Israël, mon peuple. Je t’ai accordé le repos face à tous tes ennemis. Et le Seigneur t’annonce que le Seigneur te fera une maison.
12 Lorsque tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même, et j’établirai fermement sa royauté.
13 C’est lui qui bâtira une Maison pour mon Nom, et j’établirai à jamais son trône royal.
14 Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils. S’il commet une faute, je le corrigerai en me servant d’hommes pour bâton et d’humains pour le frapper.
15 Mais ma fidélité ne s’écartera point de lui, comme je l’ai écartée de Saül, que j’ai écarté devant toi.
16 Devant toi, ta maison et ta royauté seront à jamais stables, ton trône à jamais affermi.”
Luc 1:26-38 :
26 Le sixième mois [de la grossesse d’Élisabeth, enceinte de Jean Baptiste], l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth,
27 à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David; cette jeune fille s’appelait Marie.
28 L’ange entra auprès d’elle et lui dit: “Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi.”
29 A ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
30 L’ange lui dit: “Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
31 Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus.
32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père;
33 il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin.”
34 Marie dit à l’ange: “Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais pas d’homme?”
35 L’ange lui répondit: “L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu.
36 Et voici que Élisabeth, ta parente, est elle aussi enceinte d’un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile,
37 car rien n’est impossible à Dieu.”
38 Marie dit alors: “Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit!” Et l’ange la quitta.
*
« Le Temple est rempli de la gloire de Dieu et de sa puissance » dit l’Apocalypse (Ap 15:8). « Tous les enfants d’Israël ont vu descendre le feu et la gloire du Seigneur sur la Maison », disait le livre des Chroniques (2 Ch 7:3) : autant de textes annonçant un Temple nouveau. Et c’est là que nous place l’Annonciation — face au projet d’un Temple digne de Dieu.
Au départ, une remarque de David sur le Temple à bâtir : « Tu vois, dit-il à Nathan, je suis installé dans une maison de cèdre, tandis que l’arche de Dieu est installée au milieu d’une tente de toile. »
La réponse de Nathan concerne d’abord, apparemment, Salomon et ses successeurs : « j’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même, et j’établirai fermement sa royauté ; j’établirai à jamais son trône royal ».
C’est là une promesse pour le peuple de la promesse, qui sera bientôt sécurisé par le signe de ce Temple élevé à la gloire de Dieu.
Car il n’y a pas de sécurité dans la puissance des dirigeants — et leur « maison de cèdre ». Il n’y a d’assurance et d’avenir pour le peuple que dans la fidélité à Dieu, fondée sur la fidélité de Dieu. Le Temple est appelé à en être le signe.
Toute la richesse pour notre confort, à commencer par celui des dirigeants ? pour notre soif de consommer et d’avoir des « maisons de cèdre » ? — et la portion congrue sur ce qui fait la dignité des êtres humains, l’image de Dieu, l’ouverture sur l’éternité, l’enracinement spirituel ? David a vu le problème. Une société riche, à commencer par lui, le roi, et où la part spirituelle est maigre, signifiée par la pauvreté consacrée à la dimension de la foi.
« Le Seigneur est avec toi » dit Nathan à David (2 S 7, 3). Telle est alors la promesse. Et voilà que la même promesse, celle de la présence de Dieu qui seule donne un avenir à un peuple, s’accomplit aujourd’hui encore, et d’une toute nouvelle façon : par la parole adressée à une fille pauvre, qui va représenter le peuple de la promesse, Marie : « le Seigneur est avec toi » : la même promesse que celle qui était adressée à David.
Par cette parole, l’humble Marie va devenir comme le « lieu » d’Israël fixé par Dieu ; le lieu du Temple, comme un nouveau Temple. La promesse s’accomplit alors par un renversement. Ce n’est pas le riche et puissant roi qui va la réaliser : elle va s’accomplir dans une famille humble et pour qui, alors, Dieu est tout : sa promesse est leur richesse.
Cette humble fille d’Israël devient alors, mieux que le roi, représentante du peuple, « lieu » du Temple, réceptacle de la promesse, la même que celle faite à David : « le Seigneur est avec toi ».
Où son fils, Jésus, sera donc l’héritier de cette promesse faire à David, au sens le plus fort que sous-tend le texte du livre de Samuel. Le Temple y apparaît comme n’étant pas fait de main d’homme : « le Seigneur t’annonce que le Seigneur te fera une maison ». Voilà que se préfigure le Temple éternel, annoncé bientôt comme étant le corps du fils de Marie, le corps du Christ ressuscité.
En signe de cela — par sa cousine Élisabeth, femme du prêtre Zacharie, de famille sacerdotale — Marie est comme liée au Temple. Et en même temps, elle est héritière de David par ses fiançailles avec Joseph. Joseph, présenté comme descendant de David, ce qui s’ajoute, concernant Jésus, à une lignée sacerdotale par la famille de sa mère.
Un autre roi à venir, fils de David, pour bâtir le Temple, disait le prophète Nathan : le riche et puissant Salomon dans un premier temps et, se profilant en perspective, le Messie promis.
Le constructeur du Temple : ce sera « ton fils », selon la promesse de Nathan à David et le Seigneur selon le même texte. Et en 1 Rois 5:5 : « Ton fils, celui que je mettrai à ta place sur ton trône, c’est lui qui bâtira cette Maison pour mon nom. » Et 1 Chroniques 17:10 : « J’ai soumis tous tes ennemis et je t’ai annoncé que le Seigneur te bâtirait une maison ».
Le nouveau roi à venir est dévoilé comme étant fils de David et comme le Seigneur. Et voilà auprès d’une humble fille d’Israël, la promesse qui retentit. Annonçant un roi, humble ô combien : on est loin de ses ancêtres royaux David et Salomon ! Lui, au civil (allais-je dire), est charpentier, selon Marc : le cèdre qui fait les palais et les temples est de sa familiarité…
Jésus humble fils d’une humble femme, annoncé comme l’auteur du Temple, en deux sens : comme fils de David — dans lignée de Joseph —, et comme le Seigneur, le Fils de Dieu !
*
« Qui donc posséderait la force de lui bâtir une Maison, alors que les cieux et les cieux des cieux ne peuvent le contenir ? Et qui serais-je, moi, pour lui bâtir une Maison ? » demandait Salomon (2 Chroniques 2:6). « Est-ce que vraiment Dieu pourrait habiter avec les hommes sur la terre ? Les cieux eux-mêmes et les cieux des cieux ne peuvent te contenir ! Combien moins cette Maison que j’ai bâtie ! », disait Salomon (1 Rois 8:27 ; 2 Chroniques 6:18).
En 70, alors que le Temple sera détruit par les Romains, la Résurrection de Jésus a ouvert pour la foi de ses disciples les portes du Nouveau Temple, céleste. C’est là ce que dessine l’Annonciation !
« Détruisez ce Temple et, en trois jours, je le relèverai », disait Jésus (en Jean 2). « Alors ils lui dirent : “Il a fallu quarante-six ans pour construire ce Temple et toi, tu le relèverais en trois jours?” Mais lui parlait du Temple de son corps » précise le texte (Jean 2:19-21). « Je vous le déclare, il y a ici plus grand que le Temple », affirmait-il dans Matthieu (Mt 12:6).
C’est aussi cela que l’on retrouve lors de la lapidation d’Étienne. « Là ils produisirent de faux témoins: “L’homme que voici, disaient-ils, tient sans arrêt des propos hostiles au Lieu saint et à la Loi” » (Actes 6:13).
Et Étienne répond : « Ce fut Salomon qui lui bâtit une maison. Et pourtant le Très-Haut n’habite pas des demeures construites par la main des hommes. Comme dit le prophète : le ciel est mon trône et la terre un escabeau sous mes pieds. Quelle maison allez-vous me bâtir, dit le Seigneur, et quel sera le lieu de mon repos ? N’est-ce pas ma main qui a créé toutes ces choses ? » (Actes 7:47-50).
Alors se dévoile une réalité inouïe : la résurrection dévoile en Jésus le Temple de Dieu. Jésus ressuscité comme lieu du dévoilement de la présence de Dieu, ce qui du coup, est vrai dès sa naissance, comme le révèlera la transfiguration. Parole de Dieu, réceptacle de la parole de Dieu, Jésus dévoile le Temple de Dieu de toute éternité, et dans son humanité, dès sa naissance, dès sa conception. Marie elle-même figure donc le Temple de Dieu ; en ce qu’elle a reçu en son sein la Parole de Dieu. Ainsi la naissance virginale de Jésus, présentée ici, dans l’Évangile de Luc, se trouve tout simplement parler de l’éternité de son fils, relever du monde de la Résurrection, qui dévoile Jésus comme manifestation de la présence de Dieu, qui dévoile le Temple nouveau.
Alors la promesse des origines s’ouvre à la dimension qui est la sienne : le Temple de Dieu est tout le peuple de Dieu, à l’image de Marie, pourvu simplement que comme elle il garde la parole de Dieu : « une femme éleva la voix du milieu de la foule, écrit Luc un peu plus loin (Luc 11:27-28) et dit à Jésus : “Heureuse celle qui t’a porté et allaité !”. Mais lui, il dit : “Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent !” ».
C’est ainsi que Paul peut dire aux Corinthiens cette parole reçue de la Loi et des prophètes : « Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » « Le Temple de Dieu est saint, et ce Temple, c’est vous » (1 Co 3:16-17). « Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le Temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? » (1 Co 6:19). Ou encore : « nous sommes, nous, le Temple du Dieu vivant comme Dieu l’a dit : Au milieu d’eux, j’habiterai et je marcherai, je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » (2 Co 6:16).
Cela concerne chacun de nous, et donc l’Église : Ainsi, poursuit Paul, « c’est en lui que toute construction s’ajuste et s’élève pour former un temple saint dans le Seigneur » (Éphésiens 2:21). Alors se scelle l’Alliance dans la promesse, telle qu’elle est renouvelée. Il y avait bien « avait un rituel pour le culte et un temple terrestre », selon l’Épître aux Hébreux (Hé 9:1). « Mais de temple, écrit le prophète de l’Apocalypse, je n’en vis point dans la cité, car son Temple, c’est le Seigneur, le Dieu tout-puissant ainsi que l’agneau » (Apocalypse 21:22). Il habite au milieu de son peuple.
Voilà où nous conduit l’Annonciation, réalisant tout à nouveau la promesse faite à David. La lumière de Noël, en ce dernier dimanche de l’Avent, rayonne alors sur nous d’une toute nouvelle intensité. Que Dieu donne à chacun de nous d’accueillir aujourd’hui Jésus, sa Parole, et de devenir ainsi à son tour, Temple de Dieu et signe de sa présence pour ceux que nous côtoyons.
Pour cela, comme avec la famille des rois David et Salomon débouchant chez Joseph et Marie, Dieu va nous rendre pauvres de tout ce qui n’est pas lui, pour que nous sachions où est la seule richesse : loin des maisons de cèdre, dans sa seule présence.
R.P.
Antibes, 21.12.08







21 décembre 2008 at 3:15
Magnifique extrait